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Un forum interroge sur la politique de la ville

Le Ciat organisait, du 10 au 17 mars, son premier forum urbain national. Ateliers, visites et conférences se sont succédés pour déboucher sur une déclaration à l’attention des décideurs, qui souligne l’impuissance de l’administration haïtienne : la ville doit être l’objet de politiques concrètes et Haïti doit se donner les moyens de développer une réelle fonction publique territoriale.

Dumas Maçon – le 17 mars 2014

La grande salle de l'hôtel Karibe bruisse de responsables politiques, membres du secteur privé, professionnels ou simples citoyens venant de diverses régions du pays. Au menu, la ville et un constat glacial : la population urbaine du pays a explosé ces vingt dernières années – passant de 22 % en 1982 à 53 % aujourd'hui – tandis que les villes, elles, ont gardé pour la plupart leur modeste trame historique. Un basculement dont les causes et les conséquences ont mille fois été expliqués sans que cela ne change rien à la réalité. Avec leur lot d'insalubrité, de constructiosn anarchiques et d'extensions sauvages, les quartiers de plusieurs villes du pays sont là pour le rappeler.  

"Il est urgent de définir un projet partagé pour les villes haïtiennes en général et la région métropolitaine en particulier, a lancé Michèle Oriol, sociologue et secrétaire exécutive du Ciat ‘Comité interministériel pour l’aménagement du territoire), afin qu'elles ne constituent plus une simple juxtaposition de territoires et de populations fragmentées. A cet effet, il faut recueillir des idées, critiques, propositions, exemples et recommandations, afin de construire collectivement la ville." Deux rencontres régionales se sont d’ailleurs tenues, au préalable dans le nord et le sud du pays.

"Ce forum prend sa source dans l'idée de rendre compte que la ville n'est pas un phénomène naturel mais plutôt une construction humaine, poursuit la responsable. La ville telle que nous la vivons en Haïti comme facteur d'insécurité, d'insalubrité n'est pas une fatalité. Il y a donc une prise en charge à faire, des questions à poser, des choses à faire sur les extensions urbaines et les risques, pour accoucher d’un embryon de politique urbaine.”

Ici, tel discours est connu de tous. Mais personne n'est dupe, la réalité est encore loin. "Le grand Nord connaît actuellement un important dévelopement sans que cela s'accompagne d'une planification de l'espace de vie, explique pour sa part Odnell David, directeur de la Division logements de l'UCLBP (Unité de construction de logements et de bâtiments publics). A eux seuls, le parc industriel de Caracol et l'Université de Limonade vont attirer de partout dans les mois à venir plusieurs milliers de personnes. Si rien n'est fait, le développement qui s'en suivra sera évidemment anarchique comme cela commence à être le cas. Cette zone est pourtant exposée à la faille du Nord. Nous ne pouvons donc pas nous permettre de la laisser pour compte. Il faut qu'on y change les habitudes de constructions et prendre au sérieux la question des permis de contruire. Ne plus penser à de simples lotissements mais à la construction de quartiers urbains.”

Développer des responsabilités territoriales

“Pour y parvenir, il faudra adopter d'autres modes de gouvernance, souligne le haut fonctionnaire. Il conviendrait, par exemple, de rendre les plans de développement communaux contraignants et d’accorder aux collectivités territoriales les moyens de faire appliquer et de mettre en oeuvre les documents d'urbanisme et le plan de développement qui leur sont soumis. Il faudra aussi clarifier les rôles et les responsabilités des personnels municipaux et, les villes ne s'arrêtant pas à leurs limites administratives, mettre en place des structures de gestion adaptées."

Les services, les extensions, l'intégration du risque, tout est donc à penser dans nos villes. Reste que ce ne sont guère des questions faciles, précise Michèle Oriol. “C'est compliqué et ça prend du temps, a-t-elle remarqué. L'aménagement du territoire se fait sur du long terme. Il nécessite des professionnels pointus que nos universités ne forment pas. Donc, même sans mauvaise volonté, les gens ont beaucoup de difficultés à comprendre nos recommandations.”

“De plus, au Ciat, nous n'avons qu'une capacité de proposition, ajoute t-elle. Depuis le tremblement de terre, par exemple, Port-au-Prince a pratiquement doublé son emprise au sol parce qu'il y a eu de mauvaises décisions prises. Nous avons proposé qu'il y ait plus d'investissement en province pour soulager la capitale mais nous n'avons pas été suivis.”

Crée il y a 5 ans, le Ciat est pourtant l'organe du Gouvernement chargé d'élaborer les politiques d'aménagement du territoire et d'urbanisation. Aussi, la secrétaire exécutive promet-elle de ne pas en rester là. “Nous nous sommes fixé le pari de sortir les outils administratifs et législatifs de gestion du territoire dans les deux prochaines années”, promet la sociologue, confiante.

A l'issue des sessions officielles, les participants ont adopté une déclaration qui somme les décideurs publics de considérer la ville comme un secteur à part entière dans les politiques publiques, de créer la fonction publique territoriale, et d'y adjoindre les moyens. Ladite déclaration sera acheminée à la primature dont le Ciat dépend.

Interrogés, quelques participants disent ne pas attendre grand chose. Ces assises relèvent pour eux plus d'un exercice symbolique. “Je n'en crois pas un mot, dit en off un représentant d'organisation de la société civile. Les autorités connaissent déjà ces problèmes que nous venons de lister. Ils s'en foutent tout simplement. Pour moi, ce forum n'est que de la démonstration comme nous avons bien souvent l'habitude. J'espère bien avoir tort mais ça ne sera pas le cas.” Comme cet homme dans la cinquantaine, plusieurs pensent que ce n'est qu'un forum de plus, qu'un forum de trop.

 

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