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L'insoutenable situation des rapatriés et réfugiés du côté d’Anse-à-Pitres (1)

Une équipe de l’Observatoire est allée à la rencontre des populations expulsées ou rapatriées de la République Dominicaine dans la petite commune d’Anse-à-Pitres, dans le Sud-Est. Haïtiens pour certains, Dominicains déchus de leurs droits pour d’autres, tous survivent dans des hébergements de fortune et des conditions insoutenables, sans pour autant perdre l’espoir. Les deux camps de Parc Cadot constituaient la première étape de notre visite.

Joël Jean-Baptiste et Jacques Amand - 1er octobre 2015

Anse-à-Pitres est une petite ville à l'extrême sud de la frontière haïtiano-dominicaine. La commune affiche une population d'environ 30 000 personnes. Dans les années 90 c'était un petit bourg très pauvre, qui vivait principalement de la pêche et de la contrebande avec le pays voisin. Economiquement, les relations étaient plus étroites avec son vis-à-vis Pedernales, en République dominicaine, qu'avec Jacmel, le chef-lieu de son département, situé à environ 8 heures de bateau et 1 h de voiture. Aujourd’hui, la bourgade assoupie est devenue une ville moyenne avec son lot de motocyclettes, un trafic plus intense, des liaisons plus régulières avec Thiottes et Port-au-Prince et une plus grande indépendance, à première vue, vis-à-vis de Pedernales.

Depuis l’été 2015 et l’entrée en vigueur du Plan national de régularisation dominicain (lire ici  ou ), plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été déportées vers Haïti, compatriotes ou dominicains d’ascendance haïtienne. Quelques milliers d’entre eux ont échoué à Anse-à-Pitres où nous nous sommes rendus afin de constater leur situation au regard du logement. Ils sont principalement localisés dans trois camps: Parc Cadot (divisé en Cadot 1 et Cadot 2), Tête- à- l'eau et Fond Jeannette.

Parc Cadot est le plus proche du centre-ville. La vue du haut du talus qui le surplombe est assez impressionnante. Le regard tombe sur deux ensembles de tentes dépenaillées, de kay ate (constructions directement posées sur le sol) et d'abris provisoires séparés d'une centaine de mètres. Le tout sur un terrain sablonneux, d'un sable rouge et fin au milieu de bayahondes rabougries, avec par ci-par là, quelques arbres, surtout entre les deux camps. Le vent balaye le sable par rafales et vous l'envoie dans les yeux sans pour autant atténuer la morsure du soleil. Les habitants des camps rapportent qu’ils sont régulièrement inondés lors des grosses pluies. Les abris sont faits de n'importe quoi, toile légère, boites en carton, morceaux de plastique récupérés ici et là, et de tout ce qui peut protéger du soleil ou de la pluie. « Car quand il pleut nous raconte cette dame, on ne peut se coucher. Toutes nos affaires sont inondées. On vit ici un véritable enfer. »

Cadot 1 réunit 440 personnes réparties en 102 familles. A l'entrée du camp, une tonnelle-église grossière faite de branches et de paille sert d'école ou plutôt de lieu de rassemblement des enfants, car il n'y a ni tableau, ni cahier, ni crayons… Le directeur-professeur-volontaire, Mr Edouane évalue à 200 le nombre de ses élèves. Comme tous les enfants de leur âge, ils chahutent, bavardent. L’enseignant explique qu'il a reçu l’appui d'une ONG dénommée AMSI pour fournir un repas quotidien à base de maïs pour chaque enfant.

Sous l'implacable soleil, personne ne se risque dehors. Le camp parait vide. Mais à notre approche, les habitants sortent et nous prennent à témoin de leur situation. C'est ainsi que nous avons rencontré la famille de la petite Joliane, née en République dominicaine. Cette enfant de 13 ans porte encore, nouées à ses cheveux, les boules gogo qu'affectionnent les petites filles haïtiennes. Elle est pourtant déjà enceinte de 7 mois et ne semble pas comprendre ce que cela va représenter comme bouleversement dans sa vie.

Cadot 2 rassemble 2 400 personnes réparties en 340 familles et 469 enfants et jeunes de 0 à 17 ans ; vingt familles ont déjà vidé les lieux quand nous visitons ce camp, moins organisé que le précédent. A l'entrée, sous une tonnelle, des jeunes tuent le temps en jouant aux dominos. Au départ ils ont reçu l'aide alimentaire d'organisations comme Solidarité, FIK, Champ, Garr mais ils sont désormais aux abois. Les autorités interdisent aux ONG de leur apporter de l'aide. « Nous mourrons littéralement de faim, assurent-ils. Trois personnes sont déjà mortes. Les seuls qui de temps en temps nous viennent en aide sont le pasteur, qui habite en face et le prêtre d’Anse-à-Pitres, mais ce dernier vient de déclarer  qu'il n'est plus en mesure de nous aider. Qu'allons-nous devenir ? » Les jeunes nous font visiter leurs misérables tentes. Une seule latrine est à leur disposition. Comme à Cadot 1, ils doivent aller chercher l'eau très loin. « Nous sommes totalement délaissés, déplore Syliane. On nous laisse mourir de faim et de soif. Nous avons tout perdu, et nous n'avons nulle part où aller. » Des cas de gale, de teigne, de conjonctivite, de typhoïde et de diarrhée, nous sont également signalés.

Interrogé, le maire-intérimaire d’Anse-à-Pitres, Mr Morland avoue son impuissance : « Nous n'avons aucun moyen à notre disposition pour leur venir en aide. Le ministre de l'Intérieur avait parlé de 15 000 gourdes par famille pour les aider à regagner leur lieu d'origine, mais nous ne sommes pas associés à la gestion des camps. L’édile craint également des répercussions négatives de cet afflux de réfugiés sur la commune. « Nous n'avons que 4 à 6 policiers pour toute la commune. Déjà nous avons du procéder à l'inhumation de 3 personnes. Je ne cesse de demander un plan d'urgence pour la commune. Ceux qui n'ont nulle part où aller, nous devons leur trouver un espace décent pour vivre. »

Nous avons en effet compris que la "gestion" de ces camps passe uniquement par la délégation du département du Sud-est (le délégué est le représentant du chef de l'Etat dans tout le département) ou plutôt par son secrétaire général. Ni la vice-délégation de Thiottes et d'Anse-à-Pitres, ni la mairie d'Anse-à-Pitres, ni le Casec (conseil d'administration de la section communale) ni l'Asec (Assemblée de la section communale) n'y sont associés. Pas de juge de paix, ni de policier non plus. Le secrétaire général s'est adjoint quelques figurants, des jeunes volontaires de la Croix-Rouge, de la Protection civile et même des gardes forestiers du ministère de l’Environnement. Mais la position de l'Etat est qu'il faut absolument évacuer au plus vite, ne pas laisser les camps s’établir, renvoyer les gens vers leurs familles en Haïti, en échange d’un viatique d’un montant variable. Les ONG qui souhaitent apporter de l'aide reçoivent un accueil plutôt glacial.

 

 

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