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scrarebleu  -Reportage

Delmas 32, des chantiers à suivre

Objet d’un financement spécifique de la Banque mondiale, la zone de Delmas 32 est animée de nombreux chantiers. Parmi ceux-ci, les projets de logements de JP/HRO et PADF avancent malgré un certain retard, sous le regard toujours dubitatif de riverains qui se sentent néanmoins laissés pour compte…

Dumas Maçon – le 3 août 2014

Des panneaux plantés ça et là dans le quartier le clament tout haut : Delmas 32 est en mode reconstruction. En quelques endroits, des chantiers sont entamés, certains travaux sont même déjà livrés. En d'autres, le message contraste avec le paysage anarchique qui se déploie en arrière-plan. Mis en oeuvre depuis 2011, le projet d'aménagement et de restructuration de Delmas 32, piloté par la Bureau de monétisation des programmes d'aide au développement (BMPAD), ambitionne de moderniser ce quartier densément peuplé (70 000 habitants par km2) qui inclut des ilots très précaires. Le projet a été approuvé par la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH) en 2010 puis financé par la Banque mondiale à hauteur de 30 millions de dollars. L'échéance de décembre 2013 avait alors été annoncée.

Delmas32

Sur le terrain, et encore à ce jour, ONG et acteurs étatiques mènent projets et travaux. La Pan American Developement Foundation (PADF), Haitian Relief Organization (JP/HRO), le BMPAD, la municipalité... ils sont nombreux à s'activer. Ouvriers et brouettes valsent. Des routes et couloirs doivent être pavés, un marché public et de nouveaux lampadaires seront installés, des complexes résidentiels et des maisons individuelles vont être bâtis, etc. S'il est vrai que la plupart des intervenants courent encore après l'échéance, interrogés, la plupart d'entre eux se montrent plutôt satisfaits des avancées.

Au fond d'un couloir accidenté, deux maisons avec un étage chacune. Récemment contruites par JP/HRO, l’ONG fondée au lendemain du tremblement de terre par l'acteur américain Sean Penn et quelques amis philanthropes, ces “complexes résidentiels” abritent chacun deux familles issues des camps. Un peu plus loin plusieurs bâtisses sont réparées. “ L’organisation des camps et la relocalisation des familles qui y vivaient ont été notre premier chantier”, explique Gary Philoctete, directeur national de l’organisation. “Nous avons beaucoup travaillé avec le camp Petionville Club, poursuit-il, et nous nous sommes rapidement rendus compte que beaucoup de ses habitants venaient du grand Delmas 32. Nous avons donc décidé de les accompagner à retrouver leur quartier.”

Plus de 500 000 m3 de débris ramassés, la mise en place de deux centres de santé accueillant près de 8 000 patients par mois, la création d'un campus de développement communautaire, environ 140 maisons réparées et renforcées, 14 maisons construites, 45 autres en contruction et la formation de 100 résidents en maçonnerie, les responsables de la JP/HRO présentent, le temps d'une conversation, leur liste de réalisations à Delmas 32. “Une bonne partie de ces travaux, dont les maisons, ont été réalisés avec l'appui technique et financier de l'ONG Architectes de l'urgence”, informe Gary Philoctete. Ses techniciens ont travaillé au design, à l'exécution de modèles de constructions légères entièrement en bois ou recouvertes d'une toiture en bois et en tôle ondulée. En plus des fonds de la Banque mondiale, la JP/HRO a bénéficié de l'appui financier du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (UNCHR), de la Croix rouge américaine, du fonds Clinton Bush et de plusieurs fondations familiales américaines.

Différents modèles expérimentés

Très différentes par rapport au reste du quartier, les habitations entièrement en bois ne sont pas à l'abri des critiques de riverains. Et pour cause, leurs habitants trouvent qu’elles ne font pas suffisamment barrage à la poussière de la cité, et certaines parties, comme les balcons, sont déjà sévèrement dégradées par l’humidité et le soleil. “Cela prend beaucoup pour entretenir une maison en bois,” note Juliette* qui habite l'une de ces batisses. “Je me demande si nous allons pouvoir supporter tous ces coûts. Mais plus encore, je m'inquiète que notre foyer ne résiste pas aux ouragans,” poursuit-elle d'un ton inquiet.

Le directeur national de la JP/HRO précise que toutes les batisses sont conçues pour résister aux cyclones. “Mais pour le reste, n'importe quel modèle de construction présente ses avantages et ses inconvenients”, remarque-t-il. Et certains de ceux testés ne seront finalement pas développés à plus large échelle au vu des inconvénients relevés. Quant au retard enregistré dans la remise des travaux, Gary Philoctete justifie : “Le processus est en retard surtout parce qu'il a été participatif. Cela nous a pris beaucoup de temps et de discussions avec les familles pour les convaincre de la viabilité du projet. On a même dû amener certaines à visiter d'autres sites similaires pour qu’elles jugent des résultats par elles-mêmes”. “Cela va prendre quelques mois encore avant la livraison des travaux, mais ce dont je suis sûr c'est que nous faisons du durable”, conclut le directeur national.

Le ton qu’emploie Jacques Bien Aimé, directeur d'analyse et d'évaluation au BMPAD est tout aussi rassurant. “Delmas 32 figure parmi nos nombreux chantiers, observe-t-il. Le projet consiste à structurer la zone, permettre qu'il y ait plus de mobilité, plus d'accès, à la fois pour la circulation automobile mais aussi pour la circulation piétonne. De grands travaux de réfection ont été entrepris dans les routes et couloirs du quartier. Avec cela, nous avons assaini la zone et apporté plus de sécurité.” Notamment par l'installation de lampadaires solaires.

Même la municipalité de Delmas tient à s’exprimer sur l’évolution du quartier, alors que sa mission et ses responsabilités en la matière demeurent assez floues. “Sur le plan de l'habitat, poursuit l'ingénieur Bien Aimé, ce que nous visons c'est de densifier tout en libérant des espaces. Le complexe de la rue Durand, complexe résidentiel prochainement construit par le PADF a justement été conçu à cet effet. Ailleurs, à la rue l'Union par exemple, nous prévoyons la construction d'immeubles dont les rez-de-chaussée seront alloués à des occupations économiques et les étages au logement.”

Une évolution globale espérée

“Ce que nous voulons c'est transformer ce bidonville en un endroit agréable, explique pour sa part Rivière Yves Winchell, responsable de la communication à la mairie de Delmas. Pour cela, nous avons misé sur les composants infrastructurels et la création de nouveaux logements dans le quartier. Aujourd'hui, Delmas 32 est plus propre et plus accessible. Ceux qui y passent peuvent le constater d'eux-mêmes.”

Mais ce n'est pas encore le bout du tunnel pour ce faubourg de la capitale. Rien qu'à l'entrée, derrière le marché informel installé sur le trottoir, des centaines de personnes vivent entassées dans une ravine et privées de tout : de fosse d'aisance, d'eau potable mais surtout de droits... Régulièrement inondé, leur logement offre une bien maigre protection contre les intempéries.

En parcourant le quartier, on découvre aussi plusieurs secteurs presque inaccessibles avec des conditions de vie très difficiles. A quelques pas du local d'une des institutions intervenantes, le camp de déplacés Union des jeunes s'emplit chaque jour plus. D’après les données recueillies par l’OIM, entre juin 2013 et juin 2014, la population reléguée sur ce site serait ainsi passée de 451 à 1322 habitants. “C’est que des déplacés de camps qui ont été fermés viennent régulièrement le grossir”, nous informe Pierrot, un riverain visiblement préoccupé. Ce camp ne figure pourtant pas sur la liste des priorités d’aucun des intervenants. En outre, avec la croissance de la population les constructions anarchiques continuent de pousser de part et d'autres, sous le regard impuissant des autorités.

delmas_32

“Delmas 32, quatre ans après le séisme, c'est malheureusement plus de projets que de réalisations, observe, amer, Bonal Pierre, 34 ans, un habitant du quartier qui vit toujours sous les baches remplaçant sa maison détruite par le tremblement de terre. Encore des projets mal ficelés, et des priorités peu compréhensibles. Les travaux sont confinés dans quelques coins et la plupart très en retard par rapport à l'échéance. Au début, je m'attendais à l'ouverture d'un guichet de crédit pour venir en aide à ceux qui désirent reconstruire leur maison, mais maintenant je sais que rien de bon ne va arriver.”

Découragement, sentiment d’être laissés pour compte, voilà ce qu'éprouvent beaucoup de résidents de Delmas 32 qui tardent à voir les effets des travaux. Interrogés sur ces problèmes criants, le responsable de communication de la mairie, Rivière Yves Winchell déclare : “La mairie n'est pas tout à fait satisfaite de ce qui se passe sur le terrain. Non seulement par rapport aux échéances mais aussi à la qualité de certains travaux. Mais ce n'est pas nous qui gérons l'argent, c'est le BMPAD. Si cela avait été le cas, les choses auraient été autrement.”

* L’engagement initial annoncé par la Banque mondiale s’élevait à 30 millions de dollars. Il a finalement été diminué d’un tiers.

**Par souci d'anonymat certains prénoms ont été changés.

 

A lire également sur le financement de la reconstruction de ce quartier, la recherche et les recommandations présentées dans le cadre du séminaire sur la reconstruction post catastrophe organisé à NYU Schack Institute of Real Estate, en 2012  http://haitiredux.org/uploads/4_Delmas_32_Financial.pdf

 

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