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Bowenfield : nouvelle chronique d’un échec annoncé ?

Joël Jean-Baptiste, secrétaire général de Mososah - le 4 novembre 2014

Fin juillet début aout 2014, une nouvelle a fait la une et les grands titres en Haïti : le Gouvernement a annoncé le lancement d’un mégaprojet résidentiel et commercial. On y relève la perspective de  111 immeubles (pas moins) de 6 étages, capables de résister à des séismes de magnitude 8,2 sur l’échelle de Richter dont 5 seraient consacrés au logement, des appartements de 70 mètres carrés, tous équipés en gaz propane (oui, vous avez bien lu). Les rez-de-chaussée seraient quant à eux dédiés au commerce. Le site de construction est identifié, c’est l’ancien aéroport militaire Bowenfield. Ce complexe comprendra également des infrastructures culturelles, sanitaires, éducatives, sportives et un commissariat. Mieux encore c’est un don du gouvernement vénézuélien, promis par Hugo Chavez de son vivant, dans le cadre des fonds Petrocaribe.

On aurait applaudi à tout rompre si quelques petits détails n’avaient attiré notre attention : le plan d’aménagement a été conçu par l’Unité de construction de logements et de bâtiments publics (UCLBP), organisme fraichement créé, qui dépend de la Primature ; le projet sera supervisé par le ministère de la Planification et de la Coopération externe (faut-il rappeler que le Premier ministre est également, ministre de la Planification et de la Coopération externe ?) L’UCLBP est aussi le maître d’ouvrage du projet.

Autrement dit, c’est un mégaprojet totalement piloté par la Primature. Quid de l’expertise, de l’expérience et des compétences ? L’UCLBP a-t-elle déjà fait ses preuves dans la conception et la réalisation d’un « mégacomplexe » ? Est-ce le rôle du ministère de la Planification de superviser les travaux d’un tel projet ? Où sont les différents corps de métier qui doivent intervenir, ne serait-ce que dans la conception d’un vulgaire lotissement ?

Pourquoi n’y a-t-il pas une procédure légale, transparente ? Quel a été le cahier des charges ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’appel à propositions de projets ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’appel d’offres pour la réalisation du projet retenu ?

Vu la configuration du terrain et compte-tenu de la forte densité de population environnante, ce projet ne peut-être qu’une extension urbaine. En dehors du communiqué repris dans la presse, quid des différentes étapes qui ont mené à la conception de cette extension ? Une extension urbaine, voire un simple lotissement, ne peut être seulement une affaire de construction de maisons, d’immeubles ou d’appartements. C’est un processus de création d’un lieu de vie, qui doit s’insérer dans une trame existante et qui doit interagir avec son environnement. Quand on oublie ces règles élémentaires, on ne peut que reproduire comme avant, des catastrophes humaines, environnementales et même financières.

Le secrétaire d’Etat à la Planification, Michel Présumé a fait savoir que la première phase du projet, l’étude des sols (curieux tout de même que celle-ci n’ai pas été réalisée avant même d’annoncer qu’on allait construire 111 immeubles de 6 étages) et la construction d’un premier lot de 33 immeubles, est prête à démarrer.

Ce projet nous replongera-t-il dans un scénario façon « tôles rouges », qui fait de nous la risée des journaux étrangers ? Est-ce une nouvelle opération de communication sans lendemain, comme on l’a vu trop souvent, annonces, communiqués, dessins d’études sur les réseaux sociaux, auto-félicitations, pose en fanfare de premières pierre, visite de chantiers, retards innombrables pour qu’au final la montagne accouche d’une souris ? On a envie malgré tout de savoir : qui va habiter ces appartements ? Par quelle méthodologie les heureux bénéficiaires ont-ils été choisis, si un jour ces appartements sont effectivement livrés ? Quel est le mécanisme de gestion prévu pour ces immeubles ?

Rappelons que les logements de l’ONA dans la zone de Corail Cesselesse, construits depuis les années 2000 demeurent quasi-inhabités, que les appartements dits 2004, pas loin de Bowenfield sont dans un état lamentable, que seul un tiers des maisons de Morne-à-Cabri, mille fois visitées, inaugurées sont actuellement habitées, que la grande opération Building Back Better a fait un flop, que beaucoup considèrent les opérations dans quelques quartiers populaires et dans certaines bidonvilles, comme uniquement cosmétiques, qu’aux Orangers, les prises de possession des maisons dites Chavez se sont faites de façon sauvage, souvent par des policiers, que les équipements communs tels les pompes à eau étaient rapidement hors d’usage, que des remises « symboliques «  de clés ont eu lieu aux Cayes, etc, etc. L’énumération sans fin des couacs, en ce qui a trait à la construction de  logements décents permanents, nous fait douter fortement de la volonté et de la capacité de réaliser - dans les normes - ce mégaprojet.

 

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