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7 ans après, nous ne voyons toujours rien venir

Joël Jean-Baptiste, secrétaire général de Mososah - le 12 janvier 2017

7 ans après, nous voici rendus encore à l'anniversaire incontournable de l'une des plus graves catastrophes naturelles de l’époque contemporaine, en termes de perte de vies humaines et de dégâts matériels. Force est de constater avec le passage du cyclone Matthew en septembre dernier que nous n'avons accompli aucun progrès dans la protection de nos populations ou de nos biens. Ce que la nature menace, notre pauvreté, notre mauvaise gouvernance, l’impréparation de nos dirigeants et l’insuffisance de nos politiques publiques, continuent de le détruire.

Le pays tente de terminer péniblement un cycle électoral, entamé il y a deux ans de cela, qui a accaparé nos esprits et l'essentiel de nos énergies. Dans ces joutes, seuls deux candidats à la présidence, sur une trentaine, avaient daigné accorder une petite place à la problématique du logement dans leur programme. La reconstruction du pays n'est déjà plus à l'ordre du jour.

Faute d'alternatives, la jeunesse du pays s'exile où cela lui semble possible. En Dominicanie, malgré les énormes difficultés, les rapatriements forcés, les humiliations qu'elle aura à subir ; au Brésil, bien que, crise économique et politique obligent, le géant Sud américain ait fini par fermer ses portes ; dans les Antilles, au Chili, ce nouvel Eldorado où, dit-on, il y aurait du travail. Et finalement aux Etats-Unis, après avoir remonté l’Amérique Latine depuis le Brésil ou la Bolivie à pied, en bus, à la nage... pour aborder la frontière mexicaine. Face au désespoir et à l'exode de ce qu'on appelait autrefois l'avenir de la nation, la communauté internationale, elle, se congratule à propos de la "réussite d'élections démocratiques".

7 ans après, l'Etat haïtien et les institutions internationales en sont toujours à déposer des gerbes de fleurs et scander des discours déconnectés de la réalité. Avant Matthew, environ 50 000 de nos compatriotes vivaient encore sous les tentes. Les rapatriés campent toujours à la frontière dominicaine. Fin octobre 2016 environ 150 000 personnes dormaient dans des abris provisoires. Le bureau de la Protection civile fait état d'un nombre élevé de personnes sinistrées vivant dans des familles d'accueil. Et nos bidonvilles continuent de se remplir. Nous continuons à construire dans des zones impropres à la construction. Aucune de nos grandes villes ne bénéficie d'un plan d'urbanisme digne de ce nom, ni même d’un plan partiel d'aménagement du territoire.

Et pourtant la population croît, à un rythme accéléré. Elle déserte nos mornes. Et nous avons encore besoin de plus de logements décents pour l’abriter en ville. Dans certaines zones, on observe une vraie distorsion sur le marché locatif. Alléchés par les gains exorbitants espérés de la location aux expatriés, même si ceux-ci sont moins nombreux qu’au plus fort de « l’effort humanitaire », des propriétaires préfèrent laisser leur maison vide que de la louer à une famille haïtienne. Quelques particuliers investissent effectivement dans des logements pour le secteur locatif, principalement dans les quartiers résidentiels de Port-au-Prince, de Pétion-Ville, de Jacmel et du Cap-Haïtien, mais ils demeurent marginaux et ne s'intéressent qu’aux rares familles aisées et aux diplomates, organisations internationales et autres ONG. Le gros des investissements est le fait des familles. Et ceci sans aucun soutien, ni technique, ni financier. Les prix des matériaux de construction filent à la hausse.

Et pourtant le Plan national de logement que nous avions esquissé en avril 2011 demeure d'actualité et pourrait embellir notre avenir, comme celui de notre jeunesse désespérée.

Encore faudra-t-il que nous soyons dirigés par des hommes d'état ayant le sens de l’histoire et celui de l’intérêt général de la nation. Encore faudra-t-il que la communauté internationale ne se satisfasse plus de cette solidarité symbolique, faite de pis aller et de faux semblants, et qu'elle nous laisse au moins la possibilité de prendre en main notre destin.

J'allais oublier, l'actuel gouvernement provisoire a pris une mesure qui restera dans les annales. Il a changé la désignation du 12 janvier. Ce n'est plus : Journée  du souvenir et de recueillement comme depuis 2011, mais désormais Journée nationale de réflexion et de  sensibilisation sur la vulnérabilité d'Haïti face aux risques et désastres naturels. Depuis 2013 la journée n'est plus chômée. Et depuis l'année dernière aucune sensibilisation ou commémoration n'a eu lieu dans les écoles. On continue donc de tourner la page, en cette septième année symbolique, comme s’il s’agissait d’effacer l’évènement sans remédier à ses conséquences ni en prévenir la répétition.

 

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